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Ino Casablanca ou l’art de faire danser les identités

Il y a des artistes qui suivent la vague. Et d’autres qui déplacent légèrement le courant.
À 25 ans, Ino Casablanca appartient clairement à la deuxième catégorie.

Né Adam, d’origine marocaine, enfance en Catalogne, adolescence près de Toulouse : son identité ne rentre pas dans une case, alors sa musique non plus. Chez lui, tout est circulation. Les langues, les rythmes, les influences. Rien n’est figé.

Avant les 808, il y a le violon du conservatoire. Avant la scène, la rigueur. Ce détail biographique dit beaucoup : Ino ne fait pas du “rap d’ambiance”. Il construit. Il pense ses textures. Il sculpte ses prods.

Casablanca comme déclaration

“Ino”, c’est le diminutif intime. “Casablanca”, c’est l’héritage assumé. Pas un décor. Pas une stratégie marketing. Une colonne vertébrale.

Dans ses morceaux, le raï flirte avec la club music, le chaâbi s’invite dans des prods aux basses lourdes, les placements rappellent autant la nonchalance de Drake que l’intériorité de PNL. Mais la comparaison s’arrête vite : Ino ne copie pas, il absorbe.

Ce qu’il propose, c’est une musique diasporique contemporaine. Une musique qui a grandi avec Internet, avec les playlists hybrides, avec les allers-retours entre continents.

Le silence avant l’impact

Premier EP, Demna, en 2022. Indépendant. Puis presque trois ans de silence. À l’heure où tout va vite, disparaître peut sembler risqué. Pour lui, c’est un temps de recalibrage.

Janvier 2025 : Tamara sort et commence à faire parler. Le projet est sélectionné au Prix Joséphine 2025. Les morceaux respirent. Ça groove, ça tangue, ça donne envie de bouger sans jamais forcer.

Mais le vrai moment charnière arrive avec “Dima Rave”. Une énergie frontale, presque cathartique. Le clip dépasse les 400 000 vues. Soudain, le nom circule plus vite.

Extasia : la fête comme manifeste

En octobre 2025, Extasia enfonce le clou. Dix titres qui mélangent rap français, espagnol, RnB et sonorités nord-africaines sans que ça ressemble à un collage opportuniste.

Ce qui frappe, c’est la cohérence. L’esthétique visuelle, les clips parfois décalés, la manière de poser — détendue, presque insolente — tout semble maîtrisé.

La tournée qui suit confirme l’ampleur du mouvement. Deux dates complètes à La Cigale en février 2026, sold-out en dix minutes. La scène devient son terrain naturel : là où les identités se mélangent physiquement, où la fête devient langage commun.

Plus qu’une hype ?

Collaboration avec Nike, sélection chez Booska-P, nomination aux Victoires de la Musique 2026 : la machine médiatique s’active.

Mais réduire Ino Casablanca à une montée en puissance serait passer à côté de l’essentiel.

Ce qu’il incarne dépasse le simple succès. Il représente une génération qui ne choisit plus entre ses appartenances. Une génération pour qui danser sur des sonorités nord-africaines dans une salle parisienne n’a rien d’exotique. C’est normal. C’est contemporain.

“2k25, j’suis le rookie, j’ai à peine bougé le p’tit doigt.”

La phrase sonne comme une provocation douce.

Si c’est à peine un mouvement, alors la suite pourrait être un séisme discret. Et peut-être durable.

de Matis Le Brocher

(c) Adrien Filodo

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