La 22ᵉ édition du Festival International du Film de Marrakech a offert hier l’un de ses moments les plus attendus : la Conversation avec Tahar Rahim, acteur incontournable du cinéma français contemporain et figure désormais bien installée sur la scène internationale.
Un échange sincère sur son parcours
Face au public venu nombreux, Tahar Rahim est revenu avec recul et sensibilité sur son parcours et les rôles qui ont marqué sa carrière.
Il a évoqué quelques-uns de ses films les plus emblématiques, notamment :
- Un prophète (2009), qui l’a révélé au monde
- Or Noir
- Le Passé
- The Mauritanian, où il partageait l’affiche avec Jodie Foster — une collaboration qu’il a d’ailleurs qualifiée d’« exceptionnelle », confiant qu’il avait adoré tourner avec elle.
Toujours généreux, il a également pris le temps de répondre aux questions des étudiants de l’ESAV, l’école de cinéma de Marrakech. Curieux, attentif, parfois drôle : son échange avec les jeunes cinéastes est devenu un moment à part, humain et inspirant.
À La Mamounia : 17h30, une rencontre pleine de simplicité
Un peu plus tard dans la journée, vers 17h30, nous l’avons retrouvé à La Mamounia.
Tahar Rahim est arrivé comme il est apparu tout au long de son séjour : détendu, accessible et d’une élégance naturelle.
Sa tenue, faussement décontractée, en disait long sur son sens du style : une belle chemise, un jean parfaitement coupé, et des mocassins noirs d’une grande maison de luxe française. L’allure est simple, mais maîtrisée. Rien n’est laissé au hasard.
Assis l’un à côté de l’autre, il prend le temps — vraiment. Pas de précipitation, pas d’ego saturé. Juste un échange.Je lui pose alors une question qui me tenait à cœur :
« Est-ce que tu ressens une pression des minorités en France ? Le sentiment d’être obligé d’aider tout le monde parce que tu es “l’Arabe qui a réussi” ? »
« En France, cette entraide commence avec l’immigration. Il a fallu vivre, parfois survivre, pour se sentir à l’aise dans un univers qui n’est pas toujours le nôtre. C’est un déracinement très fort que nos parents ont vécu. Ils sont nés au Maghreb — en Algérie, dans mon cas — et c’est difficile pour la construction d’un parent. Maintenant que je suis parent à mon tour, je le comprends différemment, et je les salue, parce que c’est admirable : ce sont de vrais héros.
La notion d’être obligé d’aider l’autre quand on sort d’un quartier, c’est quelque chose de culturel. Dans tous les cas, il faut aider. Je pense qu’il faut aider du mieux que tu peux, mais il y a une limite : il ne faut pas être sacrificiel. Si le sacrifice s’impose, il ne faut pas y aller, parce qu’au final ça n’aide personne. Pour moi, le seul endroit où il faut se sacrifier, c’est pour ses enfants.
L’entraide a une limite, parce qu’elle peut devenir handicapante pour l’autre : c’est à ce moment-là qu’elle doit se transformer en accompagnement, pour que la personne finisse par faire son travail elle-même. Et si la personne en face ne le comprend pas, on ne pourra pas avancer. Mais l’entraide reste capitale, et pas seulement envers nos semblables : il faut aider tout le monde. C’est un principe cher à notre religion. »
Sur le tapis rouge : décontraction, humour… et CAN
La veille, sur le tapis rouge du festival, Tahar Rahim était fidèle à lui-même : présent, détendu, souriant, accessible.
Et, avec humour et légèreté, il n’a pas manqué de rappeler qu’il soutiendrait l’Algérie pour la prochaine CAN, qui se tiendra… au Maroc.
Une façon simple mais sincère d’affirmer ses racines tout en saluant le pays hôte.
Un acteur rare, un moment précieux
Le passage de Tahar Rahim au FIFM a confirmé une chose : derrière la carrière internationale, derrière les grands rôles et les tapis rouges, il reste un acteur profondément humain, curieux, ouvert à la discussion.
Son passage dans la section Conversation n’a pas seulement éclairé son parcours artistique — il a mis en lumière ce qui fait sa force : la capacité de parler vrai, d’être accessible, et de rester fidèle à lui-même.
Un moment suspendu, élégant et inspirant, comme seuls Marrakech et ses soirées de festival savent en offrir.
MH


