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Abd Al Malik

Abd al Malik, de son vrai nom Régis Fayette-Mikano, naît le 14 mars 1975 à Paris. Très jeune, à l’âge de deux ans, il part vivre à Brazzaville avant de revenir en France en 1981, à la suite du divorce de ses parents. Il grandit alors dans une cité HLM du quartier du Neuhof à Strasbourg, où sa mère l’élève seule avec ses six frères et sœurs. Issu d’une famille de confession catholique, Régis développe progressivement sa foi à travers l’islam. À quinze ans, il se convertit et prend le nom d’Abd al Malik, qui signifie « serviteur de Dieu ». Parallèlement à son parcours personnel, il mène des études exigeantes, suivant un double cursus en philosophie et en lettres classiques à l’université des sciences humaines de Strasbourg.

C’est par le rap qu’il choisit d’exprimer la réalité des quartiers populaires et de dénoncer les injustices sociales. En 1988, il fonde le groupe New African Poets (NAP) avec son frère aîné Bilal et son cousin Aïssa. Le collectif publie en 1994 un maxi autoproduit, Trop beau pour être vrai, avant de se faire connaître à l’échelle nationale avec l’album La Racaille sort un disque en 1996. Le groupe enchaîne ensuite avec La Fin du monde en 1998, marqué par des collaborations prestigieuses avec Shurik’N (IAM), Rockin’ Squat (Assassin) et Faf Larage, puis avec À l’intérieur de nous deux ans plus tard.

Au fil du temps, Abd al Malik fait des rencontres déterminantes qui influencent profondément sa trajectoire. Grâce au producteur Sulee B Wax, ancien membre du groupe Little MC, il rencontre Nawell, plus connue sous le nom de Wallen, chanteuse de R&B. Une histoire d’amour naît entre eux et ils se marient en 1999.

En 2004, Abd al Malik entame une carrière solo avec son premier album, Le Face à Face des Cœurs. Le titre fait référence à l’ouvrage éponyme de l’intellectuel soufi Faouzi Skali et révèle l’importance de la spiritualité dans son travail. Sa musique dépasse alors le cadre du rap pour devenir un véritable vecteur de valeurs telles que le respect, la fraternité, l’introspection et la quête de vérité. La même année, il publie un livre dans lequel il retrace son parcours personnel : son enfance, ses parents, un père « dont la beauté devait semer le malheur autour de lui », la vie en cité, l’argent facile, les filles, l’islam fondamentaliste, puis sa rencontre décisive avec le soufisme, courant mystique et spirituel de l’islam axé sur la quête intérieure et la purification du cœur.

Son engagement artistique et intellectuel est rapidement reconnu. Abd al Malik est fait Chevalier des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture Christine Albanel et reçoit une Victoire de la musique dans la catégorie « Artiste-interprète ». Fort de ce succès, il fonde son propre label, Gibraltar, et renoue avec ses premières influences, notamment le rap. Il rassemble alors autour de lui un collectif d’artistes issus de l’univers des NAP, parmi lesquels Matteo Falkone, Hamcho, les sœurs Bil’In et Wallen.

En 2009, il publie l’essai politique La Guerre des banlieues n’aura pas lieu, qui reçoit l’année suivante le prix Félix-Faure. Par la suite, Abd al Malik multiplie les projets et explore de nouveaux horizons artistiques. Entre 2014 et 2015, il prête sa voix à un épisode de la série documentaire Frères d’armes, diffusée sur les chaînes du service public. En août 2014, il réalise Qu’Allah bénisse la France, une comédie dramatique directement inspirée de son propre parcours.

Son influence s’étend également au théâtre. En octobre 2019, il met en scène Les Justes d’Albert Camus au Théâtre du Châtelet. Plus récemment, en avril 2024, il réalise la série 9.3 BB pour la plateforme france.tv. Composée de huit épisodes et coécrite avec sa femme Wallen, cette fiction, dont le titre fait référence à la Seine-Saint-Denis, raconte le parcours de Leïla, une jeune femme passée de la vie en cité à la découverte du théâtre, expérience qui bouleverse son destin. À travers ce récit, Abd al Malik transmet un message profondément optimiste : venir d’un milieu socioculturel défavorisé n’est pas une fatalité.

Enfin, le 14 janvier 2025, Abd al Malik sortira son deuxième long-métrage, Furcy, né libre. Inspiré d’une histoire vraie et adapté du livre L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, le film se déroule sur l’île de La Réunion en 1817. À la mort de sa mère, l’esclave Furcy découvre des documents susceptibles de lui rendre sa liberté. Aidé par un procureur abolitionniste, il engage alors une longue bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits. Une œuvre forte, à l’image de son auteur, qui interroge la mémoire, la justice et la liberté. Autant de thèmes qu’Abd al Malik est venu approfondir récemment au micro de Beurn Out. L’artiste y revient avec sincérité sur la genèse de Furcy, né libre, son processus de réalisation, ses engagements artistiques et sa vision du monde, toujours guidée par la transmission et le sens. Un échange dense, passionnant et d’utilité publique, que l’on ne peut que recommander.

Matis Le Brocher